Michel Hazanavicius et Cédric Klapisch à propos de “Citizen Kane” d’Orson Welles

Michel Hazanavicius et Cédric Klapisch à propos de “Citizen Kane” d’Orson Welles


Il y a quand même la mise en place d’une
écriture qui est hyper simple qui est hyper efficace et on parle de ce gamin qui est au fond de l’image dans le cadre de la fenêtre qui est le même cadre que le cadre de l’époque et donc du 1,33:1 qui est un format carré. Il est l’enjeu de toute la scène et il est au milieu. Alors évidemment, il ne s’en rend pas compte en noir sur fond blanc etc… Donc vraiment, le jeu sur le noir et blanc est à la fois ludique et extrêmement fin et
intelligent. Là, par exemple, très clairement, les
personnages décisionnaires se découpent extrêmement bien, ils
sont dans de vrais noirs le père est en gris, il n’a pas vraiment de forme. Il y a un truc qui est dans la représentation graphique des personnages ou des décors. Tout est signifiant. Ce qui est assez fou c’est qu’il y a
qui va vraiment être le père. C’est à dire qu’il ya quelqu’un qui
achète l’enfant pratiquement et qui va devenir le père adoptif de cet enfant et on comprend à la fin pourquoi la mère
se sépare de cet enfant. C’est parce que le père boit et le tape et elle lui dit que c’est pour ça qu’il s’en va. Et que tout ce drame contenu dans Rosebud se contient dans cette scène dans la relation à trois. Ils sont quatre dans la scène mais en fait la question est de savoir combien ils vont être. Il y quelque chose qui, à mon avis, est
volontaire de la part d’Orson Welles C’est que dehors il y a un triangle et en fait c’est vraiment sur la triangulation, le triangle entre entre le père, la mère, le fils et beaucoup de choses dans son cinéma sont sur
l’organisation presque géométrique comme ça de la mise en place
de cette forme. C’est l’actrice Agnes Moorehead qui
faisait la maman dans “Ma sorcière bien-aimée”, ça c’est autre chose, mais quand même, il a ramené toute sa
troupe du Mercury Theatre, c’est à dire des acteurs qu’il connaît extrêmement bien, avec qui lesquels il a travaillé le niveau de jeu là, est assez…
parce qu’il faut les tenir aussi les plans aussi longs… avec l’enfant… ouais…
et puis que tout soit en place que le rythme soit bon etc… Pour moi, c’est ce qu’il y a de plus compliqué les plans-séquences ça prend un temps fou que parce que c’est pas qu’une
performance technique du tout il y a un truc de rythme en fait vous montez en même temps que vous tournez donc donc là je crois qu’on le verra peut-être. Parce que là je l’ai revu un peu
quand même pour l’occasion et il y a un truc que j’ai remarqué
et que je n’avais jamais remarqué c’est à quel point les gens parlent en
même temps dans ce film. C’est à dire que quand on voit les films de l’époque même les Lubitsch ou les Capra où ça va très très vite ou même même les Marx Brothers quand même chacun attend la réplique de l’autre et même si ça va vite, Voilà… là il fait parler deux, trois
personnes en même temps, alors c’est un homme de théâtre
mais qui est passé par la radio donc je crois qu’il y a une attention
qui est donnée aux sons c’est assez frappant comme dans ce film les gens se chevauchent et parlent en même temps. mais c’est vrai que ça donne une espèce de truc
que je trouve hyper moderne d’autant qu’il y a très peu de romantisme
dans le film. C’est un film est au cordeau. Donc le personnage s’appelle Kane mais on
s’aperçoit que basé sur un personnage qui s’appellait Randolph Hearst qui était
un magnat de la presse on n’est pas loin de Berlusconi on n’est pas loin de Trump,
enfin j’en sais rien si c’est Trump mais je veux dire qu’il met en scène
un truc qui est en train de se mettre en place à ce moment-là de l’histoire des Etats-Unis
qu’on paye encore aujourd’hui que soit la collusion de la presse
et de la politique et du pouvoir en fait là il y a une vraie réflexion qui pour un mec de 25 ans est assez surnaturelle. Enfin je trouve. Mais c’est vrai que, par exemple,
tu m’as fait remarquer le fait que durant le petit déjeuner au
début il se parlent l’un sur l’autre et qu’en fait directement il lui parle
dessus et lui dit je t’adore, je t’adore il lui répète plusieurs fois et il couvre du coup ce qu’elle dit et que dès le départ, dès le
début de ce petit-déjeuner on sent que ce qui l’intéresse c’est le pouvoir. Quand tu m’as dit que tu avais choisi
cet extrait j’étais content parce que j’ai pompé intégralement cet extrait, ce
passage-là, dans “The Artist” où il y a vraiment la même séquence mais sans le son. C’est vraiment pareil. C’est le petit-déjeuner qui comment dire, qui est donc un moment d’intimité de couple etc et qui là… enfin au début il y a des fleurs, il y a une espèce
de décrépitude comme ça d’une relation à deux. Donc voilà, j’ai pompé
allègrement, sans aucun état d’âme en. En plus je pense qu’on ne pompe pas “Citizen Kane”, Enfin, je veux dire, c’est tellement…
enfin c’était hyper amusant à faire. Et est-ce que tu l’as fait pour parler justement
d’un couple qui est en difficulté? Ah oui, oui, oui, c’est pareil ! Non, non, c’est pareil,
c’était la meilleure manière de le raconter. Je trouvais ça très bien,
que ça avait sa place, que le film se prêtait, enfin à mon sens, se prêtait à ces, alors quand on est en promo on appelle ça des hommages donc le film se prêtait à ces hommages
à Hollywood après moi je l’ai fait comme bon me semblait mais le principe est exactement le même

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *